Comment le respect du corps de l’enfant parle du consentement ?

Quand je pense consentement, je pense respect ! Mais que se cache derrière ces deux « mots valises » ? Respecter le corps, c’est surtout ne rien imposer. Respecter les besoins, c’est surtout observer. Quant au respect de l’autre, je crois qu’il se construit dans le « comment nous avons nous-mêmes été respectés … »

Le consentement devient un sujet de réflexion, tant les abus et violences sexuels sont rendus visibles. À cause de la peur engendrée par ces mots, les institutions organisent des interventions sur ces thèmes. Les maisons d’éditions proposent de plus en plus d’ouvrages. C’est un vrai soutien pour les parents. Et pourtant, encore 200 000 enfants sont abusés par an et plutôt par leurs proches ! Mais des adultes aussi subissent : les femmes avec certains gynécologues, les professionnels avec leurs supérieurs, les personnes âgées avec leurs accompagnants. Toute personne vulnérable est potentiellement « à risques ». Sauf peut-être si dans son éducation, elle a grandi avec la confiance que son point de vue a de la valeur et qu’elle peut dire Non. Et si elle a appris, dès le plus jeune âge, à prendre en compte et à respecter tout ce qui est vivant.

NOTRE RESPONSABILITÉ DANS L’ÉDUCATION

J’aimerais poser que la majorité des adultes souhaite le meilleur pour les enfants. Quelque soit le mode éducatif, ceux qui en sont responsables, ont envie qu’ils soient heureux et réussissent. Certains cherchent à les protéger et tous ont envie qu’ils deviennent des adultes épanouis. Cependant, les moyens d’y parvenir sont variés. Parfois, pensant « bien faire », ils vont à l’encontre de ce qu’ils espèrent obtenir. Aussi, on croit que parler « Respect du corps », c’est parler « Intimité ». Or, pour moi, c’est un sujet plus vaste et donc plus facile à aborder. En effet, en fonction de comment ce sujet a été abordé (ou pas) par notre propre famille, nous sommes plus ou moins à l’aise avec.

Sans se charger d’une culpabilité excessive, nous sentons bien ce que nos comportements induisent chez nos petits et donc toute notre responsabilité. Certes, tout enfant grandit dans le cadre de référence de ses parents et il ne peut pas, d’emblée, s’en extraire. Par contre, même si vous pensez que petit, il n’est pas en capacité de se gérer, je crois qu’il est fondamental de l’accompagner à devenir sa propre boussole le plus rapidement possible.

LA DÉPENDANCE DU TOUT PETIT

Comme la nature est bien faite et que la survie de l’espèce passe par la survie de chaque petit être, de nombreux mécanismes vont permettre à celui qui en prend soin de s’y attacher. La présence élevée d’ocytocine sur le haut de son crâne, ses pleurs, ses réflexes archaïques, sa dépendance totale vont vous rendre « accro » à lui. Mais je crois que chaque geste, chaque soin, chaque manière de l’accompagner vont engendrer des attitudes et des habitudes chez lui et l’adulte qu’il va devenir

le pouvoir d'attraction du bébé

Au début le bébé fait corps avec sa maman. Il a besoin d’un continuum sensoriel via le peau à peau, le sommeil de proximité, l’allaitement … Puis peu à peu, l’enfant va montrer ses particularités, ses préférences. Le parent va -t-il alors être capable de les prendre en compte ou va-t-il appliquer ses idées préconçues sur la manière de s’occuper d’un enfant. Avec mon aîné par exemple, je le baignais tous les matins à telle heure pour que la matinée passe plus vite pour moi. Il faisait une sieste à 13 heures parce que c’était la bonne heure pour ma pause. Je n’avais pas alors, cette conscience des signes que mon bébé m’envoyait. Certes, les routines sont importantes pour instaurer des repères et de la sécurité. Mais si un enfant n’a pas faim, est-il nécessaire de lui donner à manger ?

Je pense qu’une des clés de l’accompagnement optimal du tout petit c’est l’observation, et aussi la confiance que nous avons qu’il sait ce dont il a besoin et qu’il nous le montre.

S’ENTRAINER AU CONSENTEMENT

Au début, comme il est « hyperdépendant », le parent fait tout pour son enfant. Il peut cependant, prévenir au maximum avant de le toucher et lui expliquer ce qu’il fait au fur et à mesure. Puis dès que l’enfant en manifeste l’envie, son parent peut le laisser expérimenter.

Quand l’enfant grandit, il n’est pas saugrenu de lui demander son consentement lors des soins quotidiens. Nettoyer les oreilles, couper les ongles, enlever la couche du matin puis essuyer les fesses après les toilettes, méritent son accord. Prendre en compte ses remarques, ses pleurs ou ses cris pour trouver une manière qui lui convienne est parfois compliqué. Mais le plus important, c’est que le parent vise la coopération, plutôt que la contrainte.

Plusieurs pratiques permettent de respecter les besoins de l’enfant. Elles permettent de soutenir l’exercice de son libre choix, facteur de son mieux-être physique, émotionnel et cognitif :

  • L’allaitement à la demande qui devient à l’amiable pour respecter les besoins de chacun ;
  • La Diversification Menée par L’enfant ( DME) et l’installation d’un espace collation ;
  • La motricité libre ;
  • L’installation d’un lit au sol pour une meilleure gestion de la fatigue ;
  • Le brossage de dents à deux ;
  • L’usage de la débarbouillette et la douche ;
  • L’expérimentation de la régulation de la température ( se couvrir / se découvrir seul).
Favoriser l'autonomie de l'enfant

L’idée c’est de respecter l’enfant, mais aussi de le responsabiliser au sens de le rendre responsable de son corps et de ce qu’il en fait.

DES PRATIQUES QUI INTERROGENT

L’usage du suppositoire quand ils sont malades, le décalottage fortement déconseillé aujourd’hui, et même l’apprentissage de la continence sont des pratiques qui parlent de l’intime. Elles sont parfois, l’objet de gestes abusifs de la part des parents et demandent à être remises en cause.

Concernant la continence, je suis toujours surprise de la présence du pot dans la salle à manger ! Pour moi, il a plutôt sa place dans la salle de bain ou dans les toilettes. L’enfant modélise absolument tous les faits et gestes du parent. Clairement, le pot au milieu du salon ne ressemble en rien à des pratiques d’adultes ! Je me demande si un lien pourrait exister entre cette exposition et la fait que certains enfants se cachent pour faire leurs selles, même avec une couche. Je suis tout aussi interpellée quand j’entends des parents s’amuser d’un « ça pue » ou d’autres expressions peu valorisantes autour des besoins pourtant naturels ….

Toujours pour cet apprentissage, certains préconisent le passage par les « fesses à l’air » toute la journée pour faciliter l’acquisition. Je pense que c’est une histoire de culture familiale. Chez certains, c’est hors de question, chez d’autres c’est évident.

QUESTION DE NUDITÉ

Dans de nombreuses familles, vers deux ans, il y a une période où l’enfant passe son temps à se déshabiller. Il est à l’aise avec sa nudité. Est-ce une raison pour se doucher avec lui ou se promener dénudé dans le logement ? Je dirai que chacun fait comme il veut à partir du moment où tout le monde est d’accord. Après, une nouvelle fois, j’invite le parent à observer l’enfant et à être attentif aux signes qu’il envoie.

S’il vous demande de ne pas le regarder lorsqu’il enlève ses vêtements ou de fermer la porte lorsqu’il est aux toilettes, c’est important de  l’écouter. Respecter sa pudeur même, si elle ne correspond pas à la vôtre est essentiel. De la même manière, le malaise peut venir de vous lorsque l’enfant tente de toucher certaines zones de votre corps. C’est une bonne occasion pour lui exprimer votre désaccord et cesser de vous montrer nu devant lui, si cela ne vous convient plus. La pratique du bain partagé est aussi courante et peut-être une chouette moment de jeu et de détente. Mais en le faisant, vous devez être conscient que des questions peuvent surgir plus tôt du fait de cette exposition. C’est vraiment un choix que vous faites !

L’enfant comprend lorsque vous lui expliquez que son corps lui appartient et qu’il n’est à personne d’autre. En ne  vous montrant pas nu devant lui, vous le sensibilisez au fait que le corps est quelque chose de privé qu’on ne partage pas avec les autres et qu’il en est de même pour lui.

ET LES BÉBÉS ?

Vers trois ans, le petit peut demander d’où viennent les bébés. C’est le moment où chaque maman peut facilement parler des règles car l’enfant qui la suit partout, voit naturellement ce qui se passe pour elle. Par ce biais, elle peut facilement parler du cycle de la vie.

L’enfant devient conscient des différences physiques entre les filles et les garçons. Il a pu découvrir les sensations agréables générées par la stimulation de certaines zones de son corps depuis de nombreux mois. Là, il peut avoir envie d’explorer le corps d’autres enfants de son âge dans le jeu. Ses actes n’ont rien de malsain, ni de sexuel (au sens adulte du terme). Parfois, il veut juste imiter les grands en embrassant ses amis et en jouant aux amoureux. C’est la pleine période des jeux de rôle. Il est alors important de donner des « règles » du jeu sur le consentement de l’autre.

joie de découvrir et d'être avec l'autre

CONTRADICTIONS PARENTALES SUR LE CONSENTEMENT.

Aujourd’hui, les parents veulent vraiment transmettre cette notion de consentement à leurs enfants. Et pourtant, ils tombent dans le piège de leur « évidente » proximité affective. Alors, j’ose demander si une mère peut faire des câlins à son enfant sans sa permission. Un père peut-il imposer un geste alors qu’il voit que son enfant n’est pas d’accord ? Que comprend-il de l’importance de respecter le consentement de l’autre, si un parent lui fait des bisous sans son accord ? Il est inutile de dire que le message verbal est caduque si nos actes disent le contraire.

En fait, certains parents ont peur pour leurs enfants. Ils savent que les abus sexuels concernent un trop grand nombre d’entre eux. Alors, ils veulent les en protéger mais envoient des messages contradictoires. Régulièrement, ils demandent à l’enfant d’embrasser leur grand-mère ou voisine. Ils acceptent difficilement qu’il refuse un contact. En fait, contre toute logique, ils font passer le message « tu dois faire un bisou si un adulte te le demande, même si tu n’en a pas envie ». Pire, ils sous entendent qu’« il est normal que certains adultes le touchent, et que même si cela le dérange, il doit se laisser faire »

COMMENT SOUTENIR SON ENFANT ?

Dès la grossesse, le pouvoir d’attraction du bébé est immense. Certains s’autorisent même à toucher le ventre de la future mère, sans autorisation. Cet attrait pour le bébé est, comme je l’ai écrit plus haut, une excellente stratégie de survie de l’espèce. Ainsi, quelqu’un va s’occuper de lui. Mais, c’est dans les bras de ses parents, et seulement dans les leurs, qu’un bébé a besoin d’être. Ensuite en grandissant, le passage à d’autres bras se prépare. La présence de la figure d’attachement à proximité est importante au début, pour permettre à l’enfant de se sentir en sécurité. Puis quand il devient plus autonome et que la question de la politesse et du « bonjour à la dame » se pose, il est possible de proposer des alternatives. L’enfant peut regarder, faire un signe, serrer la main … .

Ensuite, c’est aux adultes de contrôler leurs gestes ! Non, Papy ne met pas les mains dans les cheveux du petit, juste parce que ses boucles sont trop mignonnes ! La tante Nicole ne peut pas non plus, lui toucher les joues parce qu’elles sont toutes rebondies et qu’elle a envie de les croquer. Et puis, papa doit s’arrêter immédiatement de chatouiller son fils quand celui-ci lui dit STOP.

Demander son consentement à l'enfant

De même, l’enfant doit apprendre à contrôler ses gestes avec les autres. S’il fait un bisou à un enfant qui visiblement n’en n’a pas envie, le parent intervient en lui expliquant que si cet enfant n’est pas d’accord, il le laisse tranquille. Il l’invite à lui demander son accord avant, la fois suivante.

Tout cela est si simple et complexe, à la fois. L’apprentissage de la relation à l’autre se joue beaucoup plus tôt que nous en avons conscience. Accompagner son enfant en respectant ses besoins et les nôtres tout en réfléchissant à la portée de nos paroles et de nos actes est un défi. Entendre son non sans se sentir menacé est un exercice délicat. C’est pourtant une voie d’apprentissage de l’expression de ce qui est juste pour chacun, si nous n’oublions pas la définition du conseil de l’Europe !

La parentalité positive est « un comportement parental fondé sur l’intérêt supérieur de l’enfant qui vise à l’élever
et à le responsabiliser, qui est non violent et lui fournit reconnaissance et assistance, en
établissant un ensemble de repères favorisant son plein développement ».

Rapport sur les suites données à la 28ème conférence des ministres européens chargés des affaires familiales ( Lisbonne, 2006).

2 commentaires sur “Comment le respect du corps de l’enfant parle du consentement ?

  1. Virginie,
    Merci pour votre retour ! J’aime quand mes propositions ouvrent des possibles. Belle journée à vous

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